Entreprendre, est-ce que pour les extravertis ?

Bonjour à tous,

Voici un article qui diffère de nos articles habituels, puisqu’il concerne directement mon expérience d’entrepreneure.

Il y a quelques années, lorsque m’est venu l’idée de créer ma propre agence – une agence éthique et créative, correspondant davantage à mes valeurs – je me suis très longuement demandée si l’entrepreneuriat était fait pour moi. En effet, bien que bosseuse, mon tempérament plutôt réservé voire discret, aux premiers abords, me semblait être un énorme frein pour entreprendre.
C’est lors de l’élaboration de mon business plan que j’ai fait LA rencontre qui allait changer ma vision de moi-même.
Un échange par téléphone, d’une heure peut-être, qui m’a fait prendre conscience des forces à tirer de ce que je pensais être une faiblesse.

 

Comment un simple appel m’a convaincu que mon tempérament introverti était une force

 

On ne les voit pas, on ne les entend pas. On a tort.
Le Point

 

Courant 2016, mon projet d’entreprise commençait à se façonner dans ma tête.
Je souhaitais créer une agence spécialisée en branding, dédiée aux startups et jeunes entreprises innovantes.
Leur chance d’émergence ne dépend-elle pas d’une stratégie de marque claire, d’un contenu intelligible et d’une identité visuelle singulière ?
Poussée par les conseils de quelques mentors avisés, je me prépare méticuleusement à interviewer une poignée de fondateurs d’agences similaires en France, tous ceux qui avaient répondu favorablement à ma demande mail. Après quelques premiers échanges, intéressants, je saisis mon smartphone et j’appelle Fabrice J. 

 

telephoner avant d'entreprendre

 

Mon interlocuteur est débordant d’énergie, communicatif, accessible. La conversation prend vite. Elle dure. Elle dévie. C’est au cours de cet échange, ultra constructif, que vient la question de l’introversion. J’avoue ne plus me souvenir exactement comment le cheminement de nos pensées, confrontées, nous a conduit à ces quelques mots.
Je vous les retranscris, tels qu’ils me reviennent en mémoire, peut-être légèrement transformés par les années.

Lui :
–  J’entends à votre voix que vous êtes du genre à bien vous préparer. Tenez, je suis sûre qu’au moment où vous me parlez, vous avez devant vous une feuille avec vos questions préparées et rédigées en amont ?

Moi (confuse) :
–  Ah oui… en effet. Je suis peut-être un peu trop scolaire. Ça s’entend tant que ça ?

Lui :
–  Non, non, ne vous excusez pas, au contraire. Regardez moi je suis extraverti. C’est une chance. Je suis sociable, je parle facilement, je suis à l’aise en société.
Mais à côté, je suis un peu désorganisé. Me préparer en amont, me concentrer longuement, observer… je ne sais pas faire ! Ce n’est pas pour rien que je me suis associé avec un introverti. Je suis incapable de faire ce qu’il fait et vice-versa.

Et poum ! Ce fût le déclic. Et étrangement ce ne fût pas de mettre l’accent sur mes qualités… mais l’aveu de ses « faiblesses » ! C’est là que j’ai compris qu’il n’existe aucun tempérament parfait pour entreprendre. Regardez Mark Zuckerberg, Elon Musk Il faut juste comprendre et connaître ses points faibles vous pouvoir les maîtriser ou les compenser. Pour lui (comme pour moi finalement) se fût en s’associant avec un profil opposé mais je ne doute pas qu’il existe mille autres façons de contourner ses faiblesses.

 

Introversion et timidité, deux traits à ne pas confondre

Lorsque nous nous lançons dans la création de notre propre activité, pour émerger, ce qui compte avant tout c’est l’aisance sociale. Nous sommes censés nous livrer à une autopromotion continuelle. Le culte des fortes personnalités nous aveugle sur les comportements intelligents et sages. L’extraversion est devenue un idéal culturel. Et d’apparence, on a tendance, moi la première, à confondre un timide et un introverti.

gif timidité

Ce culte de l’extraversion provient de notre enfance. Certains enfants veulent à tout prix être « populaires » tandis que d’autres préfèrent s’éloigner du groupe pour vivre selon leurs propres besoins. De là, peut naître notre motivation à agir, à créer, à se lancer des défis. Si un introverti s’accepte tel qu’il est, il se sentira capable de se lancer dans des projets qui le passionnent.

Personnellement, j’apprécie les dîners, les sorties, j’aime être entouré de monde. Mais je préfère observer, me faire discrète les premiers temps, écouter, pour mieux cerner et comprendre mon entourage, mes nouveaux collaborateurs ou mes clients. Je préfère m’exprimer par écrit que par oral car cela me laisse plus de temps pour étudier, ajuster et vérifier mes réponses. Je n’aime par les échanges futiles, qui me donnent l’impression de perdre mon temps mais j’aime parler en profondeur des sujets qui m’intéressent, ou qui peuvent me mener à une solution.

Sur de bons conseils, je me suis plongée dans la lecture d’un livre que je recommande vivement, et qui a su une fois pour toute me faire comprendre que non, ce n’était pas de la timidité, mais bel et bien une manière d’aborder les situations.

L’auteure s’appuie sur de nombreux exemples célèbres pour démontrer les qualités précieuses des « discrets » : force de concentration, capacité d’analyse, sens de l’écoute, créativité… Il s’agit de La force des Discrets de Susan Cain, aux éditions JC Lattès.

J’ai pu constater de mes propres yeux combien il est difficile pour les introvertis de mesure leurs talents,
et la force que cela leur donne quand ils finissent par en prendre conscience.
Susan Cain

 

Livre par Susan Cain - "La force des discrets"

« la force des discrets »

 

Bien se connaître : une force au quotidien pour entreprendre

Mieux me connaître, comprendre ma façon de fonctionner, me permet aujourd’hui d’agir en connaissance de cause. 
Je ne perds pas mes moyens en m’auto-flagellant pour ne pas être comme telle ou telle personne, mais au contraire, j’utilise mes anciennes faiblesses comme un atout, parfaitement maîtrisé.
À titre d’exemple, fin d’année 2017, un prospect me montre de but en blanc sa brochure, au cours d’une réunion de présentation de l’agence, et me dit « vous en pensez quoi ? ».
On attend de moi une réponse au tac-o-tac, franche, directe… à l’opposé de ma façon de fonctionner, plus analytique.
Le plus calmement du monde, je réponds alors : « Je ne sais pas à qui cette brochure s’adresse, dans quel contexte elle est distribuée, ni dans quel but. Nous n’avons pas non plus déterminé l’image que vous souhaitiez donner de votre entreprise. Je ne peux donc pas vous donner mon avis sans ces informations essentielles. »
Sur ce, le prospect me répond : « Nous n’avions jamais abordé ces points là avec mon agence ». À la fin de cet échange, je repartais avec un nouveau client et un contrat d’accompagnement longue durée. 

Pour conclure, mon témoignage a pour but de vous transmettre ce déclic qui m’a profondément fait évoluer, dans le bon sens.
Au final, j’ai compris que mon manque de spontanéité témoignait de mon tempérament réfléchi, et rassurait profondément mes prospects.

J’espère très sincèrement vous avoir convaincu que votre tempérament, quelqu’il soit, n’est pas un frein pour vos projets, ni pour entreprendre.
Et si vous êtes concerné, je vous invite, vigoureusement, à vous plonger dans le livre de Susan Cain.

Belle aventure entrepreunariale,

 

Cécile, Co-fondatrice de l’agence BeTrue.
cecile.guyart@betrue.fr